La Brit Milah du vieux soldat

Nous sommes le (depuis hier soir jusqu'au coucher du soleil de ce soir

«Et vous garderez mon alliance, ainsi que votre descendance après vous, de génération en génération. »
Deux hommes costaux soutenaient un vieil homme portant les tefillin depuis l'estrade de la synagogue, à la fin de l'Aliyah à la Torah, jusqu'à ce qu'il regagne sa place.
Dans cette petite synagogue, quelque part en Ukraine, il y a 25 ans, cela n'avait rien d'inhabituel. Chaque Juif était accueilli avec gratitude; l'essentiel était qu'il y ait un minyan.
Ce jour-là, un minyan respectable était présent: le Rebbe de Nadvorna et plusieurs de ses compagnons se trouvaient en ville pour visiter les tombes des Tsadikim, et le rabbin local les hébergeait pendant deux ou trois jours.
À la fin de la prière, le Rebbe fut surpris de voir le vieil homme, après avoir plié ses tefillin et son talit, lever une bouteille de whisky et en vider la moitié en quelques gorgées !
«Comme ça? Le ventre vide?!» s'exclama le Rebbe.
Le Rabbin lui répondit:
Il était officier dans l'armée soviétique, fut retraité à soixante-dix ans, en pleine forme, et est décoré de nombreuses décorations.
À plus de soixante-dix ans, sa mère lui dit sur son lit de mort : «Je suis juive, issue d'une famille qui observe les Mitsvot. Maintenant, je dois te dire que tu es juif toi aussi.»
Et elle quitta ce monde peu après.
Le vieil officier se mit en quête d'un rabbin. Lorsqu'il en trouva un juif qui observait les mitsvot, il lui demanda conseil: «Que signifie être juif?»
Il étudia sans relâche, et apprit à connaître ses origines. Il prit conscience que fils de notre ancêtre Abraham il n'était pas circoncis…
À soixante-quinze ans, nous avons programmé sa circoncision, poursuivit le rabbin, ici même à la synagogue, il y a quelques années. En raison de son âge, un médecin spécialiste fut invité, ainsi qu'un Mohel qui circoncisait de nombreux Juifs de l'Union soviétique.
Le héros du jour, tout heureux, remarqua une seringue dans la main du médecin.
«Qu'est-ce que c'est?» demanda-t-il.
Un anesthésiant. Pour qu'il ne sente pas la douleur.
D'un geste de la main, le vieil homme appela le rabbin: «Abraham Avinou avait-il une telle seringue ? »
«Non!»
«Moi non plus!»
«Il n'a pas gémi ni émis un son», dit le rabbin.
«Alors, comment s’étonner qu'il boive le ventre vide?»

De retour en Terre d'Israël, le Rebbe de Nadvorna parla de ce vieil homme plein de vie.
«Au lieu de sourire, j'ai pleuré. Un Juif qui connaît à peine son Créateur et qui s'exclame: "Je suis comme Abraham Avinou! sans rien changer.»
Et il a conclu: «Pour un moment comme ça, mon voyage valait le coup. Pour rappeler que le dévouement aux mitsvot s’entend dans son sens le plus, littéral, et n’est pas, comme on a tendance à le croire, un effort insignifiant.»

contacter Aharon Altabé
www.milah.fr ----- Mise à jour